REVERIES
"LE
DEVELOPEMENT EST UN PROJET ESSENTIELLEMENT ESTHETIQUE"
Lionel Manga, activiste culturel.
A quoi revent les
Dreamers ? A une Afrique et a un monde meilleurs ou a d'autres enfantillages
du meme type ? A-t-on le droit de rever dans le monde d'aujourd'hui ou le
clonage (sous toutes ses formes) avance ineluctablement en depit de quelques
sursauts bien tardifs? Dans un monde ou la misere investit notre quotidien
et burine inlassablement notre systeme nerveux ? La fin de l'histoire ne commande
-t-elle pas une attitude plus realiste, plus pragmatique ?
Pourquoi rever lorsque holliwood le fait si bien pour nous ? Les series Dinasty,
Dallas, Beverly Hills, Melrose Place, etc.. n'ont elles pas nourri a satiete
notre mental de modeles "de reve" ? Les quartiers Denver, Santa
Barbara... de nos villes ne portent-elles pas bien leurs noms ?
A quoi bon rever ?
Rever de pouvoir a nouveau rever. Rever de pouvoir echapper, ne serait-ce
qu'un instant, au magma fixateur de l'immobilisme ambiant. Rever de retrouver
son aptitude a se projeter dans le futur, rever de chateaux en carressant
le sable humide de la plage, rever de sa naivete rendue prematurement caduque.
Danser avec la lune,
S'en offrir une meme, pourquoi pas ?
Rever de partager ses reves en un fastueux banquet ou seraient convies tous
les adeptes d'Oniris.
Et l'art dans tout ca?
L'ART EST UNE RELATION SINGULIERE AU MONDE
et en ce sens la, ne peut ere vecu qu'individuellement. A quoi ressemblerait
alors un banquet ou chacun ferait son monologue ou exercerait ses fantasmes
narcissiques ? Le reve ne tournerait-il pas en cauchemar ?
En verite, le cauchemar, c'est l'absense de reve. C'est ces quartiers aux
noms americains, ou le luxe le plus insolent cotoie l'indigence morale et
intellectuelle la plus cruelle. C'est ces bunkers en beton arme, ou nom, emprisonnes
dans une barriere qui vous coupe toute vue sur le paysage et dont les proprietaires,
pour une raison qu'ils ignorent evidemment, desertent les quarties pour le
plus grand bonheur des brasseurs (appelles a la rescousse).
Rien n'est pire que de rever par procuration.
Le reve est personnel et se vit comme tel.
Et voila le point de rencontre entre l'art et le reve. Tous deux sont des
projections personnelles et individuelles, nourries par un desir d'autre chose,
voire par une fantaisie, un fantasme.
Au banquet artistique, chacun apporte son reve. Que l'on soit artiste ou non.
Non pas pour en faire une contemplation narcissique (on pourrait le faire
a loisir chez soi) mais pour partager. Partager ce quelque chose de precieux
qui vient du fond de nous memes. Et evidement, flatter son ego si cela rencontre
l'admiration d'un tiers.
Mais le reve parce qu'il est personnel, ne peut se parager qu'en partie. Ces
parties, ces eclats se conjuguent mutuellement pour nour enrichir de nouveaux..
reves. Et le banquet peut se transmuer en festin.
Et l'on pourrait alors se surprendre a rever
de villages ou l'on ne meurt plus de paludisme,
de pays ou les enfants sont pris en charge et orientes par la societe,
ou les Bend skin et les chauffards ne slaloment pas en permanence sur la chaussee
mettant en danger la vie des gens,
de terres ou les hommes sont integres et n'achetent pas des diplomes pour
leurs enfants cheris,
d'hopitaux ou les medecins n'ont pas oublie leur serment...
Il faut arreter les cauchemrds a la holliwood . Les modeles de reve offerts
par les series americaines sont des succedanes qui laissent un epais gout
d'amertume.
Il faut rever par soi-meme,
de poser les pieds sur la lune et
UN JOUR UN JOUR, IL FERA JOUR *
Poeme de Marcel Kemajou, extrait de POTO POTO BLUES, Paris
, l'Harmattan, 2003